Jeudi 14 juillet 2016

niceJ’avais prévu de publier dans les prochains jours un article sur un tout autre sujet ; au vu de ce qu’il s’est passé jeudi dernier à Nice, il attendra.

J’étais avec Johann au cinéma, non loin de là où tout s’est passé. Nous étions allés voir Florence Foster Jenkins, le nouveau film avec Meryl Streep et celui qui joue Howard dans TBBT et dont j’ai totalement oublié le nom. On avait vu Irréprochable juste avant, un film avec Marina Foïs qu’il a détesté et que j’ai adoré. Mais on s’en fout en fait.

La séance était à 22:30 mais, bandes-annonce oblige, le film n’a commencé qu’à 22:45. Dix minutes plus tard, mon téléphone sonne. Je n’y prête pas attention dans la mesure où, lorsque je suis au cinéma, je regarde l’écran et rien d’autre. Je ne sors mon portable devant un film que lorsque je m’ennuie profondément devant. En recevant, coup sur coup, des appels à 22:55, 22:56 et 22:57, je me dis que ça doit être important. Deux appels et un message à 23:01 finissent par me faire jeter un oeil à l’écran de mon mobile. « Faite gaffe Fusillade sur Nice promenade des anglais » puis « Dondon, t’es chez toi ?’?!! » que je vois s’afficher à peine l’écran d’accueil déverrouillé. A partir de là, le film passe au second plan et je préviens les deux personnes derrière moi tandis que Johann informe celui qui était devant nous de ce qu’il se passe à l’extérieur. Nous n’étions que cinq dans la salle. Je file ensuite aux toilettes pour appeler ma mère. Elle est à la maison et mon frère également. Ma soeur est aussi chez elle. Seul mon père manque à l’appel, il est au niveau de la grande gare dans un bar avec des amis. Et surtout, ne répond pas quand on tente de l’appeler. Je craque dans les bras de mon copain.

En sortant des sanitaires, je constate qu’il s’est passé pas mal de choses dans le film car Hugh Grant couche avec une autre femme que Meryl Streep et celui qui joue Howard dans TBBT essaie de le couvrir. Il n’était pas à l’écran avant que je regarde mon portable. Enfin bref. Je reste rivé sur mon téléphone à lire les tweets concernant ce qu’il se passe pas loin de là où on se trouve. Je tweete pour dire que je vais bien. Je constate que Facebook a mis en place le Safety Check pour informer à tout ses amis que l’on est en sécurité. Chose que je fais. Je reçois des appels en nombre et rassure autant que possible les personnes que j’ai au bout du fil. Pour sûr, je préfère recevoir des appels de la part de clients qui râlent parce qu’ils n’ont pas accès à Facebook depuis trois minutes et deux secondes.

Je décide d’aller voir l’accueil du cinéma pour les informer de la nouvelle. Ils n’ont pas reçu d’instructions sur ce qu’il fallait faire. En retournant dans la salle où j’étais, je croise un groupe de personnes qui sort de la salle voisine. Ils me demandent s’ils peuvent sortir. Ils n’avaient pas l’air plus préoccupés que ça. De notre côté, le film terminait à 00:35. Il aurait même pu terminer à l’heure où j’ai reçu les premiers coups de fil que je serais resté dans la salle. J’aurais revu Camping 3 avec un plaisir immense. Nous étions à l’abri, c’est ce qui est le plus important. J’ai essayé de me détendre en regardant le film, pour penser à autre chose, mais je n’y parvenais pas.

Les grilles du cinéma avaient été fermées par mesure de sécurité. A l’extérieur, les gens marchaient d’un pas pressé, téléphone à la main pour rassurer leurs proches. Nous sommes passés chez mes parents avant de rentrer à la maison. Mon frère me dit qu’il était avec sa copine au feu d’artifice et que c’est dans le tramway pour rentrer, en voyant des ambulances et des voitures de police rouler en trombe là où ils étaient, qu’il a compris que quelque chose se tramait. Mon père a appelé ma soeur pour lui dire qu’il était dans un hôtel dans lequel il passerait la nuit.

Je refuse de regarder les chaînes d’infos sur ce qu’il s’est passé et me contente des tweets ou autres statuts sur FB. Et j’ai bien fait en voyant des messages reprochant à France 2 d’interviewer un homme à quelques centimètres du cadavre de son épouse. Sur FB, le restaurant « Le Grand Balcon » se fait lyncher pour avoir refusé d’abriter des femmes qui ne savaient où aller au moment de l’attaque. Le hashtag #PortesOuvertesNice s’est rapidement mis en place tandis que les avis de recherche affluent. Impossible de trouver le sommeil.

Le lendemain, je reçois un appel de ma boîte qui me demande si je vais bien. Le réseau passe mal (un comble pour quelqu’un travaillant dans le domaine) mais fonctionne à la deuxième tentative. Sans surprise, le concert de Rihanna prévu le lendemain est annulé. Suite logique mais ô combien justifiée car le coeur à faire la fête est aux abonnés absents. On décide de rester à la maison avec Simba le chat. On jette un oeil aux infos avant de regretter très vite cela, les déclarations tenues par « les grandes pontes » étant un ensemble de mots accolés les uns aux autres, un peu comme quand je voulais remplir ma copie double à l’épreuve du Bac de philo en commençant ma phrase par « moi personnellement je pense ».

La Promenade des Anglais, sa plage et son soleil qui tape. La ville de Nice et ses terrasses bondées de monde. Son Vieux Nice avec ses restaurants tout les deux mètres. Je ne cache pas que cette attaque meurtrière m’a fait mal. Quand bien même, je n’étais pas sur les lieux du drame, c’est la ville où je suis né qui a été au centre de l’attention partout dans le monde. Et ça, ça fait mal au coeur.

2 réflexions au sujet de « Jeudi 14 juillet 2016 »

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